Category Archives: Tantra
Le désir
En vieillissant, et à force de n’être pas contentées les femmes deviennent souvent acariâtres et les hommes vicelards.
Et pourtant, même en ayant tout pour être heureux(se), rien ne garantit qu’on puisse échapper à l’insatisfaction et à ses conséquences! Le tantra nous apprend à vivre dans l’espace du désir, dans sa dimension secrète et vibrante. Il nous aide à humer la saveur particulière de la colère ou encore à prendre la mesure de notre crétinisme. Se tenir sur la pointe de ce qui arrive et entrer dans la danse de son mouvement est une expérience pleine de joie et de découvertes. Cela contente… infiniment. Pas de message. Pas de but.
L’écorce cache et protège la chair de l’arbre. Elle le révèle aussi. Mais l’écorce est sans but. C’est l’arbre qui l’a inventée. Comme nous, il est opportuniste.
La vie divine
(…) et finalement il découvre -ou seulement en a t-il l’intuition que chaque faiblesse est en réalité un petit aspect d’une grande qualité. Une qualité qui serait en quelque sorte cachée ou bien étouffée. De toute façon c’est réellement ainsi. Car chaque chose chaque phénomène dans cet univers comporte sa contrepartie sans laquelle aucune fluctuation aucun échange aucune mouvement et donc aucun changement ne serait possible. Or le changement c’est ce que nous observons partout en nous et autour de nous. Au-delà des apparences ou plutôt en amont est donc l’énergie elle-même de ces apparences qui en se manifestant en moi est appelée prâna. Et puisque le prâna circule partout et en tout il est aussi une énergie universelle au fonctionnement intangible. Alors mes qualités et faiblesses ne sont pas moi mais des polarisations temporaires et versatiles de cette même énergie. Cela me fait souffrir parfois ou me comble de joie d’autres fois. Cela semble me montrer comme-ci ou comme-ça. Mais ce n’est pas moi. « Moi » ce sont les barrages qu’un esprit un peu bizarre ou tordu ou perdu ou quoi encore(?) érige dans ce merveilleux continuum. Peut-être que cet esprit a commencé à faire un peu barrage parce qu’il a eu peur du merveilleux bonheur ou même de sa propre immensité ou encore de sa divinité? Ou peut-être qu’on lui a dit qu’il fallait faire comme cela. Ou peut-être encore qu’il a voulu s’amuser et que le jeu est devenu par trop sérieux. Ou peut-être qu’il a pris de mauvaises habitudes par ignorance ou par négligence. On peut inventer pas mal de raisons pertinentes pour justifier la perte de nos paradis. Mais du point de vue de l’énergie (prâna) tout est beaucoup plus simple parce qu’elle est là et bouge et vit. Un point c’est tout! Et il n’y a pas de justification. Elle fluctue entre les pôles positifs et négatifs de tout ce qui se passe. Mieux elle EST ces pôles. Car s’il n’y avait pas de pôles opposés il n’y aurait pas d’opposition pas de mouvement pas de changement et donc… pas d’énergie! En fait il n’y aurait rien. Alors mes faiblesses et mes qualités sont bel et bien les fluctuations de l’énergie. Et chaque pôle étant relié à sa contrepartie je suis tout cela. Non qualités et faiblesses ne sont pas les apparences de cela mais cela-même. Définitivement!
C’est pourquoi le yogi aujourd’hui qui se sent si faible pense : « Ah la la! Se cache en moi une incroyable force qui se ramasse pour bondir! » Triste il pense : « Ah la la! Si merveilleuse est la vraie nature des choses que j’en suis presque nostalgique! » S’il a froid il se dit : « Holà ! Se cache en moi une bombe tellement incendiaire que j’en frissonne! »
Oh! Ce n’est pas de la « pensée positive » car pour cela il faudrait encore croire que quelqu’un pense. Et lui ne pense pas vraiment comme pensent les gens qui croient en eux-mêmes. Lui il ne croit rien. C’est un ignorant. Le plus grand des ignorants! Un fou peut-être? Un désespéré? D’ailleurs il a laissé tomber tout espoir. Alors il a tout offert tout donné à l’énergie elle-même. Il en est tombé amoureux. Ses pensées lui sont offertes. Et son corps et son coeur et tout son amour et sa peur ses envies… Il s’est perdu en elle. Ou elle en lui? Tout ce qui arrive ne glisse pas sur lui mais en lui et se mélange… Tout ce qui arrive est lui. Et ça semble bon d’un bon sans bien ni mal. D’un bon-bon? Oui tout ce qui arrive est comme c’est. Tout ce qui est Est la vérité. Il est la vérité qui n’a rien à dire et tout à vivre.
« Qu’ai-je donc à faire, pense-t-il alors? Chanter la gloire de « Ce-Qui-Est ». En chantant je nettoie ma gorge et l’extase s’y installe. En dansant je nettoie mon corps et brille la nue clarté. En restant-là comme un imbécile je nettoie mon esprit qui joue dans les apparences comme barbotent les canards. Et je laisse être « ce qui est » être en moi et partout. Alors il est vrai que ma tristesse cachait la nostalgie de l’état merveilleux de la vie divine que j’avais oubliée. Il est vrai que je n’avais pas froid mais que le frisson annonciateur de l’extase me terrorisait un peu. Il est vrai que les calamités qui s’abattaient sur moi n’étaient que l’énergie de l’éveil auto-manifesté qui essayait de me parler »
(…)
Mars 2005 – encouragement aux prisonniers des cages étroites et manichéennes (extrait)
La cahutte
Tout jeune je désirais partir là -haut sur une montagne. N’importe laquelle. Et puis assis bien-aise dans une cahutte de mes mains construite attendre que passe le temps m’accordant au frémissement incessant qui grouillait dans mon ventre. Ecouter criquets et corneilles. Lovée tout près d’une source claire elle aurait été entourée de folles herbes avec un toit de paille une seule fenêtre pour recevoir la Lune et un petit parvis pour chauffer mes os au soleil matinal. Tout passant je l’aurais accueilli comme la visite impromptue du rouge-gorge. Quoiqu’il fût advenu je serais entré en son mouvement. Vigoureux. Abandonné. Et jusqu’au terme de mon existence j’aurais dansé là immobile et bouillonnant.
Mais une jolie fille m’a attrapé. Je me suis noyé dans ses yeux. Sperme et sang nous avons baratté -à la folie s’entend- et d’autres êtres sont arrivés. J’ai laissé ma cahutte accrochée à ses flancs évanescents et reste là inutile et désiré. De ma peau et ses oripeaux est faite ma belle cahutte! Pensées interminables sont les herbes folles. Enivré de leur parfum je laisse s’écrouler le vieux toit et du haut du Ciel pleuvent bénédictions comme autant de larmes de joie. Chaque jour mille rouge-gorges viennent ici tantôt espiègles tantôt bien avisés : tout ce qui arrive. Par ma lucarne magique j’entends parler la Lune de tant de manières! La voix des êtres. Et sous mes pieds le parvis s’étale jusqu’aux confins du monde. Où donc irait ce qui est là ?
Alors vigoureux abandonné je danse ici immobile et bouillonnant.
Etre
Vous croyez que vous existez, mais jamais rien ne pourra le prouver. Vous pourriez croire que vous n’existez pas, mais qui serait celui qui croit?
Croire ceci, croire cela… qu’importe? Puisque… est… Ce-Qui-Est!
Vegan orgasm
Il faut quand-même que je parle un peu de sexe pour ne pas décevoir une partie de mon lectorat persuadée que le tantra serait une histoire de partouze mystique à deux, trois ou plus!
Alors voilà . Dimanche, mon vieil ami JB m’a invité chez lui parce qu’il avait des propositions à me faire. Dans sa maison, haute et lumineuse, c’est comme toujours… le bazar. Des trucs tombent de la table, des tableaux sont posés à droite sur un canapé, à gauche en équilibre sur un chevet, des gens rentrent et sortent dans les pièces distribuées de façon hasardeuse, un téléphone sonne et on répond sur un autre… bref, c’est vivant, comme j’aime!
Nous avons discuté longuement d’avenir, de projets, des possibles et des impossibles auxquels, tu le sais, nul n’est tenu. Puis vint l’heure du déjeuner : 14 heures, évidemment! Quelques merguez ça te va?
- Désolé, I’am vegan, totally!
- Bon, on va faire des légumes alors…
Ben oui, quand tu manges pas les autres, t’es forcément légumonivore! JB et son entourage ont donc fait cuire à la cocotte-minute pommes de terres, oignons, poireaux, carottes et navets. J’eus droit à une belle assiette remplie de ces trésors cuits à souhait avec ici une louchée de moutarde et là une autre de crème fraîche, le tout saupoudré de poivre de Cayenne. Magnifiques légumes offerts dans leur tendre nudité! Rouge, blanc, parme, vert et quelques grains de beauté, entourés de chaudes brumes, ils s’imposaient fébrilement et exhalaient de suaves parfums. Trempe celui-ci dans la moutarde, enduits l’autre de crème… j’entrepris de les exterminer tous!
Et en quelques secondes, un des plus ineffables orgasmes me fût donné, une explosion inexplicable remplie d’amour et de jubilation, une extase sans pareil et un partage charnel, si charnel que je ne savais plus qui d’eux ou de moi étaient légume ou hominidé! La chair tendre des pommes de terre glissait le long de ma gorge, laissant au passage sa mousse moutardée me piquer la luette. Les poireaux, quand à eux, effectuaient de longues glissades sur ma langue enflammée. Carottes craquantes dont la purée giclait contre les grains de poivre que je retenais dans les replis de mes joues… Le navet, toujours timide, mais déjà badigeonné de crème attendait son tour.
Aurais-je été emporté dans la plus cosmique des fêtes foraines? Est-il possible que des choses mortes se mêlent à ce point de ton intime jouissance? Eh bien oui. Il suffisait sans-doute de ne rien espérer et d’être… là !
Non, je n’en dirai plus, et pardon à ceux qui espéraient -au contraire- trouver ici quelques justifications mystiques à leurs pratiques grivoises.
J’ai rien à dire!
Si l’on pouvait « atteindre » la vérité, cela voudrait dire qu’elle peut se laisser enfermer dans un concept. Si la réponse est oui, c’est qu’elle n’est absolue en rien, et ne peut donc pas se désigner comme « vérité ». Et si la réponse est non, qui donc pourrait se targuer de la connaître? Loin de moi l’idée de me livrer entièrement à ces petites devinettes.
Le propos de la méditation, ou peut-être même son préalable, est de se débarrasser une fois pour toute de questions aussi inutiles. Importantes, mais inutiles. Dans le fatras des interrogations, le ciel se dégage lorsqu’on commence à ressentir que « telle question ne se pose pas », et puis « telle autre n’a pas lieu d’être »…
La vérité, s’il en est, est une expérience, une expérience vécue. Pardon pour la redondance, mais ceci est dit pour éviter d’introduire l’idée que l’expérience rimerait avec sagesse. Une expérience, donc, que chacun fait en soi-même et par soi-même. La difficulté est de la laisser être. Certains tiennent cela pour impossible. Et ça le devient, évidemment. Mais le verbe « être » n’est pas ici synonyme de quelque chose d’intangible, bien au contraire. Etre inclut le mouvement, le changement, le renouvellement incessant. C’est ce que nous appelons __le frémissement__. Il y a dans le frémissement une vie intense. C’est une expérience inextinguible, insaisissable et incorruptible dans laquelle corps, sensations, impressions, sentiments, idées sont tous en jeu. Dans le frémissement, il y a une mise en résonance de tout notre être avec le tout universel. La Lignée des maîtres des pratiques en lien de la Claire Lumière est dite Lignée de la Parole. Dans le chakra de la gorge, centre énergétique de la Parole, il n’y a pas de vérité ou d’absolu en jeu, mais précisément l’expérience, l’expérience vécue. C’est le lieu de l’union entre Ce-Qui-Est et « ce-que-je-suis ». L’un et l’autre sont abandonnés, n’étant tenus ni pour vrai ni pour faux. Ni pour bien, ni pour mal. Alors oui, une interrogation prend place. Mais elle n’est pas formulable et n’appelle pas de réponse.
Stupéfaction! A l’instant même de la stupéfaction, la Lumière luit. Laisse »Ã§a » comme c’est!
On peut appeler cette clarté, « vérité ». Mais c’est seulement « ma vérité ». « Ma vérité » est sensible, malléable et aime se confronter au monde, s’y mélanger, s’y dissoudre et y renaître. Comme le Phénix elle renaît de ses cendres et pourtant est continûment Phénix. Si je tente, ne serait-ce que définir ou formaliser « ma vérité », elle se cabre puis se fige. Et c’est un dogme. Personnellement, le dogme m’angoisse plus encore que le pire des enfers car le dogme est une sorte de néant. Plus rien n’y vibre, rien ni personne n’y fait d’expérience lumineuse et sensuelle, le frémissement ressemble à la lave dure et noire d’un volcan éteint. Enfermés dans les dogmes, les êtres s’entrechoquent comme des pots de terre, et se brisent, évidemment.
Il y a une différence entre le frémissement et la vie quotidienne vécue sous le joug des concepts, des croyances, et les pesants acquis voulus et non-voulus. Mais cela, c’est à chacun d’en faire… l’expérience.
Grande Mère
Ma mère n’est pas qu’un tas de viande et d’os. Elle est partout comme un souffle caressant, un frémissement incessant dont elle-même est sa fille.
Nous ne parlons pas de la même chose, je crois.
Frémissement
Le frémissement subtil accompagne toujours le non-distrait.
Que toute chose devienne source de plaisir n’est pas l’objectif premier du tantra. Il s’agirait plutôt de se défaire d’une approche maladive du monde, ce par quoi tout est objet de plaisir, de grâce et d’éveil. Toutefois, ces qualités peuvent être à leur tour une source de distraction, et la distraction source d’égarement et de mollesse. Et cela nous renverrait au point de départ.
C’est pourquoi nous avons besoin de concentration et d’énergie. C’est ce que symbolise le Vajra, avatar d’un phallus bien tendu.
Heu… à moins que ça soit l’inverse?
homme ou femme ?
On peut être physiologiquement
femme de sentant femme
homme se sentant homme
femme se sentant homme
homme se sentant femme
femme ne se sentant ni l’un ni l’autre
homme ne se sentant ni l’un ni l’autre…
Mais en-deçà de cette détermination sexuelle existe une situation de complétude où nos deux moitiés ne font qu’un, où il est impossible de pencher définitivement d’un côté comme de l’autre, où le désir se dévoile comme mouvement incessant, initiant un doux balancier qu’on appelle « frémissement », expérience immédiate du bonheur. Un bonheur où toute forme de manque ressemble à un vase sans fond qu’un inconnu remplit continûment.
En relâchant ses attentes, en découvrant la détente, chacun a accès à cette intime polarité. Et bien qu’il n’ait sur elle aucun pouvoir (et c’est tant-mieux !) il peut en pleine conscience s’ébattre librement dans le mouvement dansé du monde, des choses, et des autres surtout .
Ah! Les Autres… qui deviennent si chers lorsque se dissipent les lourds nuages du soi !






